Bon.En fait,après de longues et fastidieuses recherches dans mes bordèliques archives mentales,il semblerait que j'aie commencé à dealer vers l'âge de ...8 ans.

Des scoubidous.
Je vendais des scoubidous.Pour m'acheter des bonbecs.

Mes premières transactions financières ont commencé là.Surtout ne me demandez pas comment j'en ai eu l'idée,je n'en ai plus aucun souvenir!

En 1966,il y avait déjà un ENORME trafic.Outre les billes,les petites voitures et les soldats de plomb,valeurs sûres et populaires,le truc tendance c'était les collections de porte-clés.Plein de marques,à la suite de Bonux et son fameux cadeau,de Nesquik et ses planeurs,s'étaient mises à offrir des portes-clés,souvent à l'effigie de chanteurs"yé-yé",avec leurs produits.

Bon,échanger,troquer,c'était bien joli tout ça,mais ça rapportait rien.Moi,il me fallait du blé.

Avec mon entrée à l'école,ma consommation de bonbons avait grimpé en flèche:déjà,moi qui m'en empiffrait des tonnes,une certaine générosité et l'envie de me faire des copains.pour couronner le tout,entre chez moi et l'école,il y avait une épicerie,stratégiquement placée à l'endroit où ma soeur et moi nous séparions le matin(non mixité oblige...)et nous retrouvions le soir.moi et mes copains,elle et ses copines,Corinne et Fabienne,que nous tentions maladroitement de séduire,bien qu'elles ne fussent pas (trop) vénales,à grand renfort de Roudoudous,de boite de COCO Bauer,ou de fameux Mistrals,gagnants ou pas,qui étaient des sachets de POUDRE BLANCHE,tiens donc,sucrée et acidulée,qu'on aspirait(par la bouche,je vous rassure)à l'aide d'une PAILLE,re-tiens donc,en réglisse.Oh,moi,je disais ça comme ça,hein...

Les Carambar et les Malabars,avec leurs TATOUAGES,étaient réservés à une intense consommation personnelle.

Mais revenons à nos scoubidous.Ma frangine,un peu plus agée,m'avait déjà appris à gratter sur la monnaie des courses,voire à fouiller dans la cuisine,dans une boîte  à biscottes où ma mère bazardait un bric-à-brac au contenu variable,entre autres quelques précieuses pièces de monnaie.Mais tout cela ne constituait pas un revenu stable,et il me semble que je n'aimais déjà pas trop ni voler,ni dépendre d'autrui sur le plan financier,surtout pour satisfaire mes petits plaisirs...

Or j'avais appris à faire des scoubidous,ça,tout le monde sait faire,mais j'avais pécho des techniques plus élaborées qui me permettaient une plus grande liberté créative,et j'avais trouvé un fournisseur exclusif de fils plastique aux couleurs inédites.Ce qui valut vite un certains succès à mes scoubidous bigarrés,oeuvres artisanales et originales dans cet univers momentanément saturé de porte-clés standardisés.Il suffît alors qu'un de mes camarades plus malhabile de ses doigts et plus fortuné,me proposât d'en acheter un,et ça y était,mon petit commerce était lancé....

J'allais pouvoir subenir à mes besoins grandissant.

Car j'ai parlé des bonbecs qui plombaient mon budget de mioche,mais il y avait aussi la colle.Les colles.Eh oui,becoz les ptits malins un peu affranchis savaient que la colle,on pouvait la bouffer.La colle en pot,pas chère,blanche et gluante comme de la pommade Wicks,au goût bizarre.Mais le must,c'était la colle en tubes,transparente,au goût violent,mais qui dans la bouche,"figeait",et se transformait en chewing-gum qu'on pouvait alors mâchouiller toute la journée.Hélas beaucoup plus chère,bien sur... Après les scoubidous vinrent les maquettes d'avion en balsa,mais oui mais oui,puis une foultitude d'objets que je fabriquais moi-même ou qui avaient assez d'originalité pour créer des mini-modes dans cette école de garçons un peu terne,où la blouse grise était obligatoire...

Je survolais donc ainsi mes 5 ans d'école primaire,porté par des résultats scolaires paradoxalement stratosphériques,qui me permirent de conserver de façon quasi ininterrompue la place tant enviée(?!?)de "1er de la classe" arf arf, et pourtant, pas fayot pour deux sous,car franchement je me faisais grave chier avec les "bons élèves",gentils mais fadasses,leur préfèrant la compagnie des "cancres",la caillera,quoi,avec qui ,au moins,je m'éclatais..

.Mes parents m'avaient inscrit aux "cours du soir",trouvant ainsi le moyen de se débarasser momentanément d'un de leurs cinq enfants,et de faire ainsi baisser le niveau de décibels à la maison,eh ouais,les Beatles et les Stones entre autres chômaient pas,et chez nous ça s'entendait!

2 putains d'heures d'école en rab le soir!!!Soi-disant consacrées à "faire ses devoirs" pour les uns, aux punitions pour les autres,et pour moi et mes potes un peu destroy,aux "colles"he he he,agrémentées parfois d'un peu de vin que mes potes avaient la bonne idée de piquer chez eux et ramener dans leur gourdes,eh oui en ces temps reculés on venait avec une gourde,et même un "4 heures" souvent seulement constitué d'une demi-baguette,beurrée et garnie de morceaux de sucre...

Ecole,colles et alcools...mais bien sûr tout cela "consommé avec modération",enfin pour certains...
1968,franchement,à 9 ans,ça m'était passé au-dessus de la tête.A 35 bornes de paname,dans un petit bled de banlieue sud communiste,1968,ce furent quelques manifs et pas mal de grèves,surtout au lycée où allaient mes frangins,ce qui me rendait envieux.Point barre.
Non,moi je baignais déjà dans le rock,sans même m'en rendre compte.Entre les45 tours(son mono,analogique,mais vintage he he) de ma frangine et moi,les 33tours de mes frangins,la radio(SLC),je n'apprendrais à personne que ces années furent plutôt fécondes...
1967:Are you experienced,The Doors,Sergent Pepper's,Magical Mystery Tour,Their Satanic majesties,The piper at the gate of dawn,The Velvet Underground and Nico,Blonde on blonde,The who sellout... Entre bien d'autres évidemment.....

Putain non mais quelle chance j'ai pu avoir!!!!Toutes les semaines sortait un 45 avec un morceau d'enfer dessus qu'on écoutait bien sur en boucle,jusqu'au prochain,et tous les quelques mois,un 33 fabuleux qui récapitulait tout ça,d'autant plus que souvent c'étaient des concept albums qu'il vallait mieux écouter d'une traite...avant de le remettre he he...

Je ne savais pas encore qu'un certain John Coltrane était mort en juillet 67 après avoir donné son "Expression"...

A ce moment là,c'est plutôt un autre morceau qui allait avoir une influence subliminale assez déterminante...

Sur le disque de Steppenwolf "live at the Matrix 1967"...

UN morceau de 20 minutes qui s'appelait...

The Pusher...