1981....82....?
Dans une vie antérieure,vers l'an 19 ?? , j'atterris à Citylight Paname, métro Goncourt(hé hé hé...), rue Bichat, No8...
Donc, vu mes relations assez....?mouvementées? avec Planet Claire, il était vite apparu qu'il me fallait un pied-à-terre (c'est le mot!).
Comme j'avais dégotté un petit boulot de chauffeur-magasinier, je pouvais enfin me payer un appart.Vu mes moyens, c'était le modèle au dessus du trou-à-rats:un nid-à-cafards.12 m2.Une fenêtre donnat sur ....le mur d'en face,à 2m,et orienté plein nord.Mais j'en avais rien à battre.Enfin,un chez moi!
Et idéalement situé:A 300m du Gibus,où défilait la crème du punk, du rock'n roll et de la balbutiante scène indé parisienne.A 100m de "La Bonne Bière", qui était un des Q-G des tox de l'est parisien.Juste à coté du Canal St Martin, et son "atmosphère atmosphère...".
Et puis,sait-on jamais ,hein,l'Hôpital St Louis juste au bout de la rue...
Mais surtout,surtout,pour le ptit blanc banlieusard que j'étais,un mélange délirant de nationalités,de cultures,de "bruits et d'odeurs",hein,Jacquot...Un quartier POPU,nom de dieu(x)!
Rebeus de Belleville et feujes de Ramponneau, blacks de Ste Marthe et St Maur, et plus bas rue Vieille du Temple, vers chez moi, plutôt des Turcs et des Arméniens (eh ouais,comme quoi...)et bien sur j'en oublie.La Chine ne s'était pas encore éveillée dans le quartier, mais ne dormait que d'un oeil, déjà quelques restos, comme d'hab...(J'vous l'dis,moi,c'est par la bouffe qu'y nous auront,dans 20 ans,tous à la baguette!Finie la vaisselle,ça f'ra des économies d'énergie...Mais je plaisante, je plaisante; vous avez remarqué comme les bastons de fin de soirée ont diminué, depuis qu'ils s'occupent des café-tabacs?(Moi j'apprécie.)
Putain comme je m'éclatais à remonter la rue de Belleville, jusqu'à Jourdain, même Place des fêtes, des fois...Je m'en foutais plein les mirettes et les cornets acoustiques:ça tchatchait, ça gueulait, ça fumait du chicha par-ci, ça marchandait par là, dans un tourbillon de langues et de looks, africains en boubous, mamies arabes en foulard, quelques hassidims en chapeaux-mous et papillottes...Waaah, après ma banlieus terne et endormie, ça en jetait!Et les parfums!Ô miracle, juste au bout de ma rue, il y avait un torréfacteur qui embaumait tout le quartier avec ses cafés grillés...
Et dans les épiceries, ben, y'avait des EPICES, tiens donc, safran, cummin, paprika, que sais-je encore, et tous les piments du monde.Moi je découvrais tout ça.Et j'en redemandais.Ca vibrait, ça VIVAIT.Enfin,je pouvais me ballader peinard en tiags et ray-bans sans être bombardé de regards méfiants.Juste une dégaine parmi des milliers d'autres.Ah,l'indifférence, ça a du bon parfois..
.Jamais je remercierai assez le ciel de m'avoir fait rencontrer Paris LA,entre le Canal et Belleville.D'un côté Carné-Prévert,Arletty-Jouvet,les enfants du paradis sur le boulevard du crime,et de l'autre ah ah,de l'autre,les enfants du Sahara,Bosphore-sur-Seine,Tombouctou-lès-Belleville.Tout le sang chaud de Paname qui palpitait.Le tout rythmé par Clash et Gogol1er!
Bon,c'était pas non plus un paradis.J'apprenais un peu plus la rue.
Pas lontemps après ëtre arrivé,en allant chercher des clopes,je vis sortir d'un café plutôt branché Bamako,à reculons et se tenant les côtes de rire,un immense black.Spontanément,gagné par sa gaîté,et probablement un peu stoned,je me marre aussi.Whoouups!Chopé au colback,à 30 cm du sol,je vois de grandes dents blanches me dire:
"Qu'est-ce que t'as à te marrer,toi?Je te fais rire?".
"Euh...oui.NON!J'me foutais pas de ta gueule!J'te vois rire,qu'estu veux,ça m'a fait marrer!",je bredouille..."J'habite à coté,j'vais juste chercher mes clopes,y'a pas d'embrouille..."
"Ah,t'habites là,mais fallait l'dire,mon pote."dit il en me reposant devant ses amis qui se tordaient devant le spectacle..
."Allez remets-toi,t'es tout blanc!".Re-bordée de rires,dont le mien pas trop assuré.
"Passe prendre un pot à l'occasion,voisin."dit-il en me tapant sur l'épaule.
"Pas de problème,voisin!".Et je m'en fus quérir mes clopes,en méditant sur ce petit bizuthage...Bienvenue à Belleville,toubab.
De temps en temps ça tournait au vinaigre....tiens,vers la rue Ramponneau.Un ramponneau,c'est un coup de poing en vieil argot,ça doit pas être un hasard.Oh,je pense pas au fait que c'était LA rue juive en plein quartier arabe,non,ça ,ça se passait sans trop de problèmes,et même avec une certaine fierté,genre "Israël?La Palestine?holà,c'est loin ça,nous on va tous au marché le dimanche matin,alors..."
.Non,je pense plutôt au fait qu'après minuit,ça dealait sec rue Ramponneau .Becoz la rue,au bout,débouchait sur un immense terrain vague à flanc de colline,aujourd'hui le Parc de Belleville.Entouré de palissades pouraves,ce no man's land servait à tout:à se shooter tranquille (?!),à planquer les parts,à fuir les keufs ou à ...régler ses comptes.C'était un endroit stratégique:la frontière entre Belleville et Ménilmontant.Ménilmuche pour les intimes.2 quartiers à forte identité et fort tempéraments,d'où...frictions.
D'ailleurs,en cette fin de règne giscardien,les sbires de Poniatowsky,son éxécuteur des basses oeuvres,y campaient:tous les soirs,6 ou 7 cars de CRS venaient se poser Boulevard de Belleville pour la nuit.En fait,le marché de la dope était plutôt achalandé à ce moment là.pour la fumette,outre le traditionnel Barbès ou St Michel pour les babs,en déclin,il y avait TOUS les foyers de travailleurs africains,considérés comme territoires nationaux,où les flics ne pouvaient pas rentrer.Et pour la poudre,Belleville of course,mais aussi l'ilôt Chalons,parti pour un brillant avenir,Bastoche,avec la Roquette et rue de Lappe,et aussi toute la rue Raymond Losserand avec ses squats,et tout le bas du 14eme.
Moi,dans mon petit recoin,je savourais un calme relatif.. .et j'avais bien raison,vu ce qui m'attendait
.J'essayais de rester à mes fondamentaux,la MUSIQUE,et les MOTS.Les MOTS et la MUSIQUE.Bon,les mots,j'écrivaillais,par-ci ,par-là,stimulé mais "un peu" écrasé par ces géants que je n'en finissais pas de découvrir,la liste serait trop longue.J'avais mon petit boulot chez un petit éditeur,transbahuter des bouquins toute la journée,hein,faut pas réver,mais faut bien commencer quelque part.
Quant à la zique,outre ma consommation gargantuesque de vinyles,imports,pirates et de concerts(entre autres au Gibus,où je pouvais maintenant aller chercher mes clopes la nuit quand j'étais en panne,en voisin!),allez savoir comment,je m'étais retrouvé avec une flûte traversière dûment électrifiée,en ces temps de punkitude et de new-wave,arf arf.Décalé un jour,décalé toujours!Flûte dont je n'arrivais à tirer que la pâle copie du chant des mouettes rieuses en baie de Ploumanach(côtes d'Armor)...Pétrifié que j'étais par un manque de confiance en moi maladif,qui n'était pas étranger à ma conso de dope,d'ailleurs,je n'osais même pas en jouer avec mes potes zicos,ni aller prendre des cours.Sans parler de ma paresse congénitale...
Mais depuis quelques temps,il y avait du nouveau.Je venais de rencontrer Mr Coltane,john.
Ouais ouais,vous devez vous dire:Mais qu'est-ce que Coltrane vient foutre dans cette histoire pleine de bruit et de fureur racontée par un idiot?Qu'est-ce qu'un jazzman,mort en 67,de surcroît,a à voir avec un gamin banlieusard junkoïde débarquant à Paris Est fin 70's début 80's?Y'a erreur de casting,là,t'es hors sujet mon pote,t'avais déjà un train de retard.... Un....Trane?
Eh ben non.Becoz becoz,y'en a qui sont enfants de la télé,moi aussi certes,mais surtout enfant de FIP514.Hein,koi?kezako? Bon,j'm'énerve pas,j'esplique.
Quand j'étais môme,très môme,vers 3/4 ans,chaipu,j'ai eu de la chance:Y'avait pas de télé.Mais y'avait la radio.Oui oui,ce truc préhistorique avec un haut-parleur,une antenne et des boutons.
A midi,c'était le rituel.On bouffait tous les 7,frangins frangines parents (2),à la table de la cuisine,et curieusement,jamais à celle de la "salle à manger"..Les matous et le chien idem,mais un peu plus bas.Ca tchatchait sec,comme vous pouvez l'imaginer,mais dès que mon père tournait le "bouton magique",le silence se faisait et on écoutait.
Des trucs DE-LI-RANTS.Entre autres,un feuilleton qui s'appelait "Bons baisers de partout",une parodie azimuthée de roman d'espionnage à la sauce Pierre Dac (qui ça,papy phénix?oh,un vieux schnock un peu allumé,qu'avait commencé à la radio à Londres,"les français parlent aux français",un collector).Et qui racontait "l'opération Tupeutla",menée par le SDUC,le colonel Deguerlas et Nicolas Leroidec.Un peu plus fun que "rainbow warrior",arf arf.Bon,vu mon âge tendre,je percutais pas toujours pourquoi ils étaient morts de rire à la table,m'enfin y'en avait pour tous les gouts.
Mais moi,quand tous les autres étaient partis,qui à l'école,qui au boulot,que les chats chattaient,le chien chiennait,et que je me retrouvais plutôt seul,en fait,j'allais trainer dans la salle à manger,jusqu'au 2 eme poste de radio,un gros,celui-là,mastoc,même plus gros que moi,m'asseyais sur le tapis,et moi aussi,je tournais le "bouton magique"...
Et c'était parti.Il y avait un écran plastique,avec les noms des capitales du monde entier,Berlin,Madrid,Moscou,Alger,Tokyo,Istanbul...Je jonglais entre le volume et les longueurs d'ondes...et je voyageais,sur toutes sortes de musiques et de langues...assis sur mon tapis volant,je planais des après-midis entières.J'étais fasciné.Je n'étais plus qu'une paire d'oreilles,les yeux fermés.
C'est sur ce poste de radio,même surmonté d'une télé noir et blanc qu'on n'allumait que le soir,comme s'il fallait l'économiser,que je découvrirai FIP 514,vers 1970.FIP,qui se fit rapidement connaître par ses voix féminines,sensuelles et ironiques,involontairement (?) érotiques,annonçant aux pauvres automobiliste au bord de l'infarctus,coincés dans le tunnel de St Cloud,qu'ils en avaient encore pour 3h d'embouteillages,mais qu'ils pouvaient se relaxer en écoutant la musique.
Mais FIP,pour moi ,ce n'était pas que ça....Déjà,pas UNE pub pour gâcher le plaisir.Et surtout ,une programmation ECLECTIQUE,enchaînée de main de maître:De tout,du classique,du jazz,du rock,de la soul,du "folklore",ancêtre de la world....mais attention,pas n'importe quoi,ni n'importe comment...Rarement des standards,au contraire,des morceaux mons connus,voire méconnus.Je sais pas,moi,par exemple s'ils passaient du Ravel,c'était "La Valse",pas le Booooolerooooo.Les Stones?"Wild Horses,pas "Brown Sugar".Brel?:"Jeff",pas "Ne me quitte pas".Jamais les morceaux "attendus".Le refus de la facilité sans faire dans l'élitisme.
Et même,à force de les écouter,et de me dire que parfois,bordel,ils étaient vraiment fous furieux question enchaînements,genre passer d'une sonate piano direct à un morceau rapide des Beatles,je m'aperçus qu'en fait les programmateurs jouaient à un petit jeu de devinettes subliminales,limite private joke,d'associations d'idées:La sonate?BACH.Le morceau des Beatles:BACK in the USSR.Tiré par les cheveux?
OK,alors disons "Cirrus Minor",du Floyd,suivi de "Nuages" par Django,et,ben tiens,de "Get off my cloud" des Stones.
Ou encore "Autobahn" de Kraftwerk,"Road 66" de Chuck Berry,et ..."Nationale7" de Trénet?voire encore plus tordu....
Vous croyez que je délire?Euh,à 12 ans j'avais pas encore méfu!Mais je me posais quand même des questions jusqu'à ce que j'entendes Kriss Graffiti,une des fondatrices de FIP,et allumée notoire,confirmer que,oui,les programmateurs,libres de toute "tracklist",s'amusaient bien à ces petits jeux,et que accessoirement,certains préféraient nettement la moquette au linoléum,dans les studios.Et enfin,cerise sur le gâteau,quand on entendait un morceau nouveau ,un truc qui accrochait,on pouvait leur téléphoner pour avoir les coordonnées complètes.Ce dont je ne me privais pasnen loucedé car le bigo était rationné.Et ça c'était nouveau,en cette ère du vinyle,et du rock aussi rare sur les médias que du caviar aux restos du coeur.Imaginez,en 1970,UNE SEULE émission télé de rock,POP2,le dimanche matin,arf arf...La préhistoire,vous dis-je!
Bref,un enfant de la radio...
Parallèlelement,comme je l'ai dit,j'ai eu BEAUCOUP de chance:mes frangins avaient une "chaîne stéréo",qu'ils avaient fabriqué eux-même,et ma soeur et moi avions un "électrophone",plus modeste,mono,mais avec 2 haut-parleurs aussi,hé hé.Et,déjà même avant la déferlante rock,un stock de vieux 78 tours jazz ou Piaf,Frehel,aussi un "coffret" de musique classique,un espèce de best-of des compositeurs les plus connus.
Aussi loin que je me rappelle,j'avais un petit 45 tours de Brahms,avec une Danse Hongroise sur chaque face.Et quand mes parents s'engueulaient,souvent,en fait,je cavalais dans notre piaule,m'allongeais par terre la tête collée entre les baffles,et je mettais Brahms à donf.Pour ne plus les entendre.
Danse Hongroise.Face A.T'y es pour rien. Danse hongroise.Face B.C'est pas de ta faute. Re-face A.Ils vont s'arrèter. Re-face B.Etc...
Au rythme de leurs scènes de ménage,j'acquis assez vite de solides bases en musique classique.
Méthode accélérée. Ma première came,c'est la musique.
Plus tard,ado,mes frangins ayant plus ou moins émigré,j'héritais de leur chambre,de la chîne,et du stock de disques si convoité.Entre autres...Une fois,l'ampli a pété.Ah.Merde.Ca coutait cher un ampli,j'avais pas les moyens.Vous savez ce que j'ai fait?Je posais la tête de lecture sur le disque,et j'écoutais le son du diamant sur le sillon.J'amplifiais dans ma tête.Mais non,j'vous dis,je fumais pas encore!Et merde,Beethoven était bien devenu sur vers la fin,et il se démerdait,non?Moi aussi.
Donc en 79/80,cest confus les dates,à Paname,oui,bien sûr je vibrais à fond tout ce qui se passait,j'étais connecté au présent,mais ça ne m'empèchait pas de poursuivre ma petite exploration personnelle du cosmos musical.Je continuais à voyager.De l'univers rock,j'étais bien sûr remonté à la galaxie blues,via Fleetwood Mac et le "Live in Chicago",Memphis et qui-vous-savez,vers le Delta du Mississipi,jusqu'à New-Orleans.Comme c'était pas loin,je refis un saut à Kingston,dire bonjour à Peter que j'avais pas vu depuis un moment,et redescndre vers mon Brésil adoré,et même Buenos-Aires,si senor,où je tanguais un peu.Mais,hésitant à franchir l'Atlantique pour l'Afrique,je remontais subitement à New-York via Kind of Blue,d'un certain Miles Davis et un jeune homme au talent prometteur,en 1959,John Coltrane,donc.
Et là,je tombais en arrêt.
TOUT,absolument TOUT ce que j'attendais à ce moment là sans le savoir de la musique,il l'avait.
Et l'offrait.
Naïma.
Résultat des course,je n'avais plus qu'une idée en tête,me mettre au saxo.
Entre un concert au Gibus,ou au Rose Bonbon,plus trash,j'écumais les clubs jazzy,Chapelle des Lombards,Duc des Lombards,et même,ô miracle,au coin de la rue,en bas de chez moi,le Palais des Glaces où j'entendrai Pharoah Sanders;j'y passais des nuits entières flottant à la surface d'un verre de sky,yeux clos,à écouter feuler les ténors,les altos,bourdonner les contrebasses...frémir les cymbales,en trinquant avec le fantôme de Kérouac.
J'y allais en solo,sans Claire,ni Joe,Brigitte,ou les autres.C'était MY private room.J'y cuvais mon blues,je me reposais le coeur et l'âme loin des guitares saturées.Je prenais jamais de poudre avant,je voulais pas rentrer dans mon cocon,me protéger.Au contraire,je voulais m'ouvrir,vibrer à l'unisson,en osmose avec ces mecs qui ne la ramenaient pas,mais qui prenaient tous les risques en impro...
Les autres se demandaient où je disparaissais certains soirs,revenant avec un drôle de sourire.Une belette?Un plan meuca perso?Vous avez dit bizarre?
En me renseignant sur le prix d'un ténor Selmer,hors de prix,j'avais noté que leur manufacture était rue de La Fontaine-au-roi,juste à côté.Tiens.Depuis le temps,je savais décrypter les signes.Alors,un soir de Décembre,je suis allé fureter du coté de chez Selmer,comme ça,pour voir.J'ai vu un mec qui en sortait et qui fermait la grille à clé.
"Bonsoir m'sieu.Vous travaillez là?"
Il m'a jeté un regard un peu inquiet,vu le quartier,mon look, la nuit tombée,et lui avec les clés de l'usine à la main,seul.
"Euh..oui oui.Pourquoi?"
"ben,écoutez,je voudrais m'acheter un ténor,chez Beuscher ils sont un peu chers,alors je me suis dit qu'en m'adressant directement chez vous..."
Pfouuuu...J'ai vu le mec se dérendre.Il a souri.
"Ah,c'est ça?Mais vous tombez mal.Vous savez,nous on ne vend qu'aux distributeurs,pas aux particuliers."
"Ah?Pourquoi?"
"Oh c'est comme ça vous savez,la tradition...On est manufacteurs,il faudrait développer un secteur ventes,tout ça...On est une petite maison,on ne vend pas assez pour ça.Les revendeurs s'en occupent.Désolé."
"Bon;Tant pis.J'vais voir pour un Yamaha.Allez,au r'voir m'sieu.Joyeux Noël."
Et je suis reparti dépité.J'avais fait 15 mètres,j'entends
"Attendez!Attendez,venez voir...".Le mec me faisait signe de revenir,sous la neige.
"Ouais?"
"Ecoutez,on pourrait peut-être s'arranger....Vous voulez mettre combien?"
"Euh....4000 F ?!".Au flan.
"Un ténor?Bon.Revenez demain à la même heure,je vous dirai ce que je peux faire.OK?"
Grand sourire,serrage main.
"OK,à demain."
Le lendemain,direction troquet.Au bar,devant un demi,on a discuté,pas longtemps,mais cool.C'est lui qui essayait les saxos,une fois montés à la main,pour voir s'ils sonnaient juste,faire les derniers réglages.Et en rejeter certains,becoz si le corps de l'instrument avait un défaut,c'était foutu.Un taf génial,mais pas trop payé.Mais....il avait des prix "maison" pour un achat personnel,disait-il.Et il était d'accord pour m'avoir un Ténor Super Action,non gravé,quand même,mais pour 4000 balles.Evidemment,non garanti.Que j'amène le thune vendredi soir,on ferit l'échange.Euh....si possible pas devant Selmer,dans la rue au coin.
J'en croyais pas mes oreilles.J'ai récolté les 4000 balles,plané 2 jours,et me suis pointé le soir dit.Il m'attendait avec une mallette simili-cuir à la main.Je lui ai passé le blé,et il m'a ouvert la boite à malice.Le ténor luisait de tous ses feux dans un écrin de velours noir.
Waw waw waw.
"Je vous ai ajouté un bec métal,puisque vous aimez le jazz..."
Je savais pas quoi dire.
"Bon,ben ...merci m'sieu.C'est cool.Bon,j'veux pas trop trainer...au revoir."
"Au revoir.Et....Joyeux Noël,hein",il a rigolé....
Moi aussi....A mon humble avis,il l'avait tiré,"mis au rebut",et s'était mis le flouze dans la fouille.Et hop,un beau cadeau pour tous les 2!! Mais je dois avoir mauvais esprit...En tout cas un mec bien.
Ouh putain je suis rentré avec la bête,les pieds à 20 cm au dessus de l'asphalte,craignant juste un peu qu'il ne sonne "pas juste"... Evidemment,j'ai fait chier les voisins toute la nuit....
J'avais mon saxo.J'avais la gniak.J'allais jouer comme Coltrane.
C'est ça,mon pote,rêve,rêve....