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Breaking Bad, le final

Breaking Bad, le final

Qu’il doit être difficile de choisir l’issue finale d’une série dont le personnage principal est un antihéros immoral. Quelle valeur faire triompher ? Le bien ou le mal ? Punition ou rédemption ? La conclusion de Breaking bad est-elle aussi bien que celle de Weeds, l’autre série stupéfiante suivie par ASUD ?

A ce jeu d’équilibriste les séries Dexter (le gentil serial Killer) et Dr House (le méchant médecin génial) ont pondu des épisodes finaux mi-figue mi-raisin pour contenter tout le monde : la morale (rédemption pour tous), les fans (les héros ne meurent pas) et le bizness (on pourra faire une suite). C’est à peu près ainsi que se terminait la 1ère partie de la 5ème et dernière saison de Breaking bad en juillet 2012. Ce pseudo happy end ne collant pas avec le titre de la série, les choses se devaient de mal tourner dans les 8 ultimes épisodes diffusés plus d’un an plus tard en août 2013.

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Cet article fait partie du dossier Serial Dealers.

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Les vrais Walter White derrière les barreaux

C’est un nom prédestiné ! Aux Etats-Unis au moins 2 homonymes ont déjà été condamnés en Alabama et dans le Montana pour fabrication et trafic de méthamphétamine.

Walter White est un homme au milieu du gué. Cet américain de la middle class dans le middle age, prof de chimie de 50 ans, apprend qu’il est atteint d’un cancer du poumon et qu’il lui reste 3 mois à vivre. Pour payer ses exorbitants frais médicaux, il va tenter de gagner rapidement beaucoup d’argent en utilisant ses compétences de chimie pour fabriquer de la méthamphétamine. Pour entrer dans ce milieu inconnu, il s’associe avec Jesse, un ancien élève consommateur de meth et dealer. Tous deux, au fil des saisons gravissent en quelque mois, l’échelle du trafic de stupéfiants local puis international grâce à l’exceptionnelle pureté du produit et l’écrasante intelligence de Walter. Cette réussite va faire de Walter un riche et puissant parrain du milieu, sous le nom d’emprunt Heisenberg,  auquel rien ne résiste pas même le cancer. Le prix de cette ascension est une descente aux enfers, morale et psychologique. Les personnages doivent repousser sans cesse leurs limites pour ne pas y laisser leur peau : mensonge, manipulation, trahison, violence, chantage, corruption, mort… deviennent nécessaires pour évoluer dans ce milieu hostile, clandestin et criminel. L’humour n’est pourtant pas oubliée dans cette série à la réalisation de qualité. La saison 5 est d’ailleurs entrée au Guinness Book pour avoir obtenue la meilleure note critique (99%) sur le site Metacritic.com.

Échapper à la police est l’un des principaux enjeux de la série. Il s’incarne dans la relation entre Walter et son beau-frère Hank qui est un enquêteur de la DEA (les stups américains). Hank gravit lui aussi les échelons et devient directeur par son excellent travail sans savoir qu’il est manipulé par Walter qui s’en sert pour éliminer sa concurrence. Au milieu de la 5ème saison lors d’un diner familial chez Walter, plusieurs mois après que celui-ci se soit définitivement retiré des affaires, Hank découvre une preuve que Walter et Heisenberg sont la même personne.

Quant au fragile Jesse, il est rongé par les morts que lui et Walter ont causé au cours de leur aventure notamment celle d’un enfant, témoin innocent abattu de sang froid. Il décide de renoncer à l’argent acquis par le sang et nourrit une haine grandissante envers Walter.

Breaking Bad (Season 5)

Drogue, l’autre cancer

La fin de la série met en scène l’affrontement de Walter contre Hank et Jesse, personnages pour qui il a une vraie affection et qu’il a tenté de protéger à plusieurs reprises. Tous deux veulent lui faire payer le mal qu’il a causé autour de lui. Walter doit aussi s’affronter lui-même puisque le cancer est revenu. Cancer que Walter n’a jamais cessé d’avoir en réalité et qui était passé du stade biologique au stade psychologique. L’égocentrisme et la mégalomanie durant sa période Heisenberg avaient dévoré sa personnalité.

L’image du cancer qui se multiplie jusqu’à une issue fatale est finalement au centre de la série de son ouverture à son dénouement. Le remake mexicain s’appelle d’ailleurs « Metastasis« . Au delà de la maladie, il y a bien sûr le cancer de l’argent que Walter accumule jusqu’à ne plus savoir combien il possède. Il va de paire avec celui du pouvoir qui ne s’arrêtera que lorsque Walter aura atteint le sommet, seul, sans amis ni famille. Ces deux quêtes, argent et pouvoir, vont engendrer deux autres cancers. Côté pile, la violence appelle la violence et ce qui était de la légitime défense au début de la série va devenir l’élimination systématique de tous ceux qui se mettent en travers de la route de Walter. L’apogée sera l’organisation d’un nonuple homicide simultané dans différentes prisons pour protéger son identité. Côté face, le secret mène aux mensonges, en premier lieu à sa femme puis avec elle, ils ne cessent de grossir. Leur place est telle que Walter devient paranoïaque et n’arrive plus à faire confiance à qui que se soit. La dissimulation de la vérité devient vite une préoccupation aussi vitale que le besoin d’argent, elle le supplante même durant la dernière saison.

Prohibition, l’autre chimio

Pour vaincre le cancer Walter doit d’abord se battre contre son traitement : une chimiothérapie qui affaiblit son organisme et un endettement causé par ses frais médicaux. Difficile de ne pas y voir une analogie avec « la guerre à la drogue », cette politique sécuritaire qui affaiblit la société en s’attaquant plus aux drogués qu’aux produits tout en favorisant les réseaux criminels. Et dont le coût est de plusieurs dizaines de milliards d’euros depuis plus de 40 ans. Le cancer a aussi la particularité que l’on parle rarement de guérison mais plutôt de rémission plus ou moins complète à cause du risque de récidive toujours présent. Un traitement lourd et coûteux, aux résultats plus qu’imparfaits, qui détruit des cellules saines, si la Drogue est un cancer (c’était le titre d’un rapport sénatorial en 2003) alors la Prohibition est une chimiothérapie que l’on continuerait coûte que coûte.

Malheureusement pour Walter, il n’existe pas d’alternative politique à court terme qui pourrait le sauver. Contrairement à la fin de la série Weeds qui anticipait en 2012 avec un an d’avance la légalisation de l’usage récréatif de cannabis, la méthamphétamine n’est pas près d’être légalisée. Cela ne pouvait que finir bad pour Walter et Hank. Trafiquants et policiers, la chair à canon de cette guerre, n’ont d’existence que par la prohibition qui ironiquement les rend interdépendants.

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La vraie fin de la série…

Bryan Cranston n’est pas seulement le meilleur acteur (et c’est Anthony Hopkins qui le dit) pour son rôle dans la série Breaking Bad. Il officiait avant dans la série comique Malcom en tant que Hal, le père (cette fois-ci) immature d’un enfant (cette fois-ci) surdoué. A l’occasion de la fin de Breaking Bad, il reprend le rôle de Hal dans une scène en clin d’œil à son autre série. C’est bon tout le monde à suivi ?

Les seuls à s’en sortir malgré tous les dommages collatéraux qu’ils subissent sont les civils ainsi que Jesse, le consommateur de la série. Le message est clair, il y aura toujours des gens qui auront envie de se droguer, même après l’extinction du dernier prohibitionniste et du dernier dealer. Comme si son appétit pour la drogue, qui n’engage que lui, l’avait protégé de la soif d’argent et de pouvoir qui détruisent les autres personnages. Lui seul garde une sensibilité humaniste tout au long de la série, là où les autres personnages se comportent en machines rationnellement conformistes selon le camp dans lequel elles opèrent. Et si la drogue était le dernier refuge de ceux qui n’acceptent pas le cynisme du ce système et qui préfère le voir s’effondrer pour repartir à zéro.

Série de Vince Gilligan, 5 Saisons, 2008-2013. Disponible en DVD, Blu-Ray et VOD.

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