Autosupport des usagers de drogues

NICE : « CACHEZ CES TOXICOS QUE NOUS NE SAURIONS VOIR »

NICE : « CACHEZ CES TOXICOS QUE NOUS NE SAURIONS VOIR »

Asud-Nice : le retour. Il y a vingt ans, une première association Asud-Côte-d’Azur voyait le jour dans le sillage de la « Mission rave » de Médecin du monde. Après quelques années d’existence psycho stimulée, l’association a fini par rendre son tablier. Aujourd’hui, de nouveaux militants ont relevé le défi de faire revivre une association d’autosupport à l’ombre des palmiers de la Promenade des Anglais pour rompre avec une certaine image de la ville qui cache souvent une grande pauvreté. À Nice, comme ailleurs, précarité et usage de drogues, c’est la double peine.

Asud-Nice (1) a vu le jour en octobre 2016, dans un contexte de profonde régressionde la politique de réduction des risques dans la ville. Usagers de Caarud et de Csapa,consommateurs, professionnels du secteur social et médical, militants – tout le monde s’est uni face à l’urgence d’inverser le cours d’une politique de santé locale hermétiqueau concept de réduction des risques. L’accès au matériel relève du parcours du combat-tant (voir encadré) et les structures qui en disposent notent une forte hausse de leur fréquentation. Alors que pour répondre aux besoins des consommateurs d’autres s’essayent à la salle de consommation à moindres risques (SCMR) et à l’accompagnement des usages par voie intraveineuse (AERLI), les peurs et la stigmatisation alimentent la frilosité des élus.

Comment en est-on arrivé là ?

Quelques faits marquants pour mieux comprendre comment on en est arrivé là. En 2012, la ville de Nice n’hésite pas à fermer le local d’Entractes, ouvert en 1998 et qui affichait une file active d’environ 1 000 personnes par an. Les usagers perdent un lieu stratégique de RdR et se retrouvent sans repères, sans lieu ressources. Le Caarud Lou Passagin doit alors faire face à une augmentation de sa file active, et gérer au plus près les désagréments que cela peut occasionner
pour le voisinage. L’année suivante, après négociation avec la ville pour déterminer des lieux adaptés, Entractes redéploie son action avec un bus. Des permanences quotidiennes sont organisées dans le centre-ville, accueillant les usagers sur le trottoir, dans un bricolage généralisé des missions du Caarud. Grâce à ces deux dispositifs (accueil à Lou Passagin et bus Entractes), les usagers parviennent encore à trouver du matériel d’injection stérile. Un distribox échangeur/récupérateur est en fonction dans un lieu proche de la scène.

On serait presque arrivé à s’accommoder de cette situation si, fin juin 2017, les autorisations de stationner du bus n’avaient pas été retirées sous le prétexte d’une « requalification » du quartier. En clair, la ville ne veut plus voir le bus exposer son lot d’usagers dans le cœur historique. Cachez ces usagers que nous ne saurions voir…Le seul distribox échangeur/récupérateur installé à proximité des lieux de passage et de rencontre a, quant à lui, été « arraché » de terre, huit mois plus tard, il vient à peine d’être réinstallé.

La multiplication des risques (MdR)

On ne s’étonnera pas que cette difficulté d’accueil, d’accès au soin et au matériel
stérile entraîne une multiplication des risques. Ne trouvant plus en centre-ville de lieux où faire une pause, discuter et échanger, les personnes n’hésitent pas à réutiliser leur matériel. Elles subissent une « traque »organisée par la police avec contraventions sous multiples prétextes. N’oublions pas qu’il s’agit là de personnes en grande précarité.

Pour clôturer cette salade niçoise, parlons aussi des consommateurs lambda, slameurs, ravers, festoyeurs, madame monsieur Tout-le-monde pour lesquels il est urgent de mettre en place un dispositif d’analyse des produits, à proximité des lieux festifs et dans les clubs repérés. Malgré les difficultés rencontrées, les acteurs niçois de la RdR ne baissent pas les bras ! Usagers, militants et professionnels restent mobilisés et actifs pour mettre en œuvre une politique de RdR concertée avec tous les partenaires et la ville de Nice. Une première rencontre a eu lieu début février
avec une collaboratrice de l’adjoint à la Santé de la mairie, au cours de laquelle nous avons présenté Asud, puis évoqué la situation à Nice. Nous sommes désormais invités à participer à la coordination mise en place début mars entre les différents acteurs de la réduction des risques.

Comment trouver du matos?

En janvier 2018, Nice comptait deux Caarud (Lou Passagin et Entractes) pour environ 350 000 habitants, dont 1 sans local (Entractes), et 1 seul distribox en façade de pharmacie. Des maraudes sont organisées,sac au dos, pince à déchets dans la main droite, Dasri (récupérateur de
déchets à risque infectieux) dans la main gauche, et des permanences dans un bus 3 fois par semaine (19 h 30-20 h 30). 3 Csapa, Aides et le centre LGBT mettent à disposition du matériel stérile certains jours et à certaines heures .

Asud-Côte-d’Uzur

(1). La première association Asud-Nice a travaillé dans l’espace festif et en club. Elle s’est éteinte à la suite du décès de plusieurs de ses fondateurs morts du sida dans ces années évoquées par le film 120 battements par minute.

 

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