Autosupport des usagers de drogues

Same player shoots again DOSSIER UNE HISTOIRE DE L’INJECTION LES GENS ET LES OUTILS

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L’injection de drogues reste dans la représentation collective le geste éponyme, celui qui marque la vérité du drogué. Nous avons déjà consacré plusieurs articles* au caractère symbolique de la shooteuse et à l’odeur de soufre qui imprègne son évocation. Il faut également rappeler tout ce que la politique de réduction des risques (RdR) doit aux seringues contaminées dans un tango législatif rappelé dans ce dossier (voir p. 20).

Asud continue de produire un Manuel du shoot à moindres risques dont l’ancêtre a été conçu en 1994. Ce premier flyer de RdR a largement participé à asseoir notre crédibilité, autant chez les usagers que chez les intervenants. Mais si la shooteuse reste d’actualité, les injecteurs, eux,semblent bien différents de ce qu’ils furent au moment de l’invention de la RdR. « Non seulement aujourd’hui les injecteurs ne sont plus héroïnomanes en majorité, mais ils ont aussi considérablement changé de statut social. » Marie Jauffret-Roustide nous parle de ces véritables « communautés » qui caractérisent aujourd’hui l’injection, des sous groupes, presque des tribus, souvent déterminés par un environnement social et culturel minoritaire et souvent discriminés. Russophones, « injecteur de Sken », slameurs, tous ont en commun de partager une pratique dénigrée à l’intérieur même de la communauté des usagers de substances illicites.

Et si la vérité de l’injection aujourd’hui était celle d’un stigmate accru? Et si, après ces millions de
shooteuses déversées quasi clandestinement par tous les Caarud, Csapa et automates divers,
le stigmate initial en sortait renforcé, quasi triomphant ? Partout où les injecteurs sont visibles,
ils sont l’objet d’une chasse impitoyable, en prison, dans les squats, ou sur les trottoirs. Et si, pour
une fois, on s’attachait avant tout à comprendre l’injection du point de vue des injecteurs, en
y intégrant ce qui reste l’élément maltraité systématiquement ? Plus qu’un rite ou l’expression
d’un usage particulièrement pathologique, l’injection a une fonction propre en termes de
projet de consommation. Le fait que ce projet reste surtout en vogue dans des groupes victimes d’une adversité sociale avérée est révélateur. L’injection est une fin de non-recevoir signifiée au nouveau discours politiquement correct de l’addictologie, voire de la réduction des risques. Centrée sur une seule logique – un max d’effets avec un minimum de prod en un minimum de temps, l’injection reste punk. Ciao Bloodi.

Fabrice Olivet

* « L’injection de substances psychoactives », Fabrice Olivet, Asud Journal n°24 et « L‘injonction paradoxale », Fabrice Olivet, Asud Journal n°54

 

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