Un nouveau numéro d’Asud Journal !

Chère lectrice, cher lecteur, après deux années de silence, nous sommes heureux de vous proposer le numéro 67 d’Asud Journal. Cette parution a été rendue possible grâce à l’appui financier de Gaïa-Paris, qui fête ses vingt ans en 2026. La proximité entre nos deux associations date des premiers temps de la réduction des risques, elle est le fruit d’une complémentarité naturelle entre l’autosupport et Médecins du monde, dont est issue Gaïa (voir p. 6). Du mouvement Limiter la casse en 1992 au collectif du 19 mai 2009 qui a relancé la question des salles de consommation à moindre risque en France, Asud et MDM, puis Gaïa, ont su mettre à
profit leurs expériences et histoires respectives pour affirmer et revendiquer les droits des consommateurs de drogues à vivre en sécurité dans notre société. Le souhait de voir l’aventure du journal d’Asud se poursuivre, de pouvoir exprimer des points de vue hors de l’addictologie devenue l’alpha et l’oméga de la question des drogues, nous ont conduits à réaliser ce nouveau numéro.

Mais au-delà d’une commémoration, cette édition a pour ambition de nous projeter dans un avenir que l’on souhaiterait plus juste avec les consommateurs, mais qui malheureusement paraît très incertain. Allons-nous connaître une disparition progressive de cette approche humaniste qu’est la réduction des risques ?

Après cinq évaluations positives, dix ans de travail de qualité et d’engagement sans faille auprès des consommateurs les plus en difficulté d’Île-de-France et de Strasbourg, l’existence des haltes soins addictions reste expérimentale (voir p. 11). L’inflation des contraintes administratives souvent inadaptées aux actions
militantes de RDR étouffe l’innovation et les petites structures favorisant leur regroupement autour de gros opérateurs (voir p. 47), et surtout nos politiques de drogues sont plus que jamais élaborées au ministère de l’Intérieur plutôt qu’au ministère de la Santé. Les nouvelles dispositions de la loi Ripost (voir p. 43), la traque des consommateur·trices à coup d’amendes forfaitaires délictuelles (voir p. 40), l’orientation prise par la répression du deal rebaptisé narcotrafic (voir p. 36), autant de signes qui dessinent les contours d’un retour du bâton répressif au détriment de la carotte sanitaire.

C’est aussi l’occasion de nous interroger sur cette « réduction des risques » qui nous sert de totem depuis trente ans. La RDR, pour quoi faire ? S’agit-il d’une philosophie ou d’un gadget social ? S’agit-il de soustraire aux yeux du public le naufrage de populations de plus en plus vulnérables, les « surnuméraires » de nos sociétés en butte à toutes les discriminations ? A contrario, peut-on imaginer avec le regretté Jean-Marc Priez un nouvel apprentissage de la vie avec les drogues toujours plus présentes dans notre quotidien (voir p. 2) ?
Dans un environnement international lui aussi polarisé, nous sommes les mauvais élèves de la classe Europe, arc-boutés sur une loi de 1970 qui nous interdit toute dépénalisation et une montée des discours autoritaires qui associent drogues et migrations un peu partout dans le monde (voir p 30). « Tout est politique ! », le slogan de mai 68 n’a jamais été aussi vrai qu’aujourd’hui à propos de nos engagements en faveur de la réduction des risques (voir Régulation radicale p. 45). Ce journal en est la preuve, à consommer sans modération.

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